J’ai mis Emma en chantier

J’ai mis Emma en chantier,
elle a ri et veut s’appeler Eva

Abolir facile
Le « je » docile
Si j’osais
(Partage à la lame)
Emma m’amarrer
À votre arc en cils
Servitude exquise
Fever garantie for ever

 

Ô
Délicieuse nostalgie
Du double, cachée
Derrière le rébus
Des fontaines
Dans le réseau
Des fleurs
D’eau
Dissimulée, crois-tu,
Parfaitement aux regards

 

o o o

 EVA

Fallait-il que la fêlure fut fardeau
Pour que fautive
Elles feigne ?

Fallait-il le que la fissure fut fuite
Pour que féline
Elle faut pas

Fallait-il que la fente fut fièvre
Pour que fidèle
Elle festivale ?

Fallait-il que la fente fut faim
Pour que femme
Elle folie ?

Fallait-il que la fracture fut… ?

… est ce qui n’était encore qu’une fissure allait s’élargissant. Il faudrait bien que tous écroule un jour. Blessure inscrite au cœur de la pierre
… et pourtant

o o o

IL
Femme,
Abri frais,
Follement inaccessible

Je cherche de mon sextant
Le cap chaud de ta raison
Dégrafée
Ma seule ambition, à moi
Le capitaine,
Est de venir à bout
De ta braise

ELLE
Quelques secondes de faim
Et je succombe
D’une balle absolue
Tirée au cœur

Donc,
Vénus contre-attaque !
Invitation à vivre
La fuite ou la passion ?
Voluptueuse victoire

Et je renais, Ô, bleu du ciel !
Avec juste ce qu’il faut
De peau douce

Odette Neumayer

(Ce texte fondateur, tu l’as écris lors d’un Stage Création du Secteur Poésie Écriture du GFEN. C’était à  La Bugade – Villeneuve-lès-Avignon en 1979. Repris dans Filigranes N°1, Le fragment, 1984.)